enseigner avec exigence et bienveillance
Jean-Luc Madoré

J’exprime ici ce que j’ai découvert très progressivement au cours de ma carrière. Ce sont mes élèves et la pratique de la classe qui ont fait que, peu à peu, ces principes me sont apparus comme essentiels puis, au fil du temps, sont devenus en moi des convictions profondes : enseigner avec exigence et bienveillance est non seulement possible mais tout à fait indispensable car source de bonheur et de réussite pour élèves et enseignants.
Exigence et bienveillance, loin de s’opposer, sont dans l’acte pédagogique parfaitement indissociables.

Ces principes ne sont pas tous « dans l’air du temps », certains peuvent paraître utopiques ! Vous pouvez très bien accepter les uns et en mettre d’autres en doute, voire les rejeter ! Mais, je dois dire que ce sont ces principes-là qui nous ont permis, à moi l’enseignant et aussi à mes élèves, d’être globalement heureux de travailler et de réussir ensemble.

Sommaire


La personne

  • Il existe en chaque personne des potentialités insoupçonnées, voire ignorées de la personne elle-même. Croyons à la « pluralité des excellences ». Cf. « Réussir l’école de tous les talents » Pascal Pellan – Éditions Cloître – 2000
  • Pas de réussite possible sans une juste estime de soi.


La personne de l’élève

  • L’élève est une personne que le maître accompagne dans sa construction.
  • Un « bon élève » est souvent un élève qui a la chance de découvrir, plus ou moins consciemment, comment fonctionne son intellect.
  • Le savoir (comme le savoir-faire et le savoir-être) n’est ni accumulation ni entassement mais construction : chaque nouvelle compétence doit s’appuyer sur des compétences déjà maîtrisées.


Maître et élèves

  • Le maître est conscient de la multiplicité des chemins ; il sait que ses propres habitudes intellectuelles ne sont qu’un chemin parmi une infinité d’autres.
  • Le maître est l’observateur, l’accompagnateur, le médiateur, parfois presque le complice de l’élève : plus que d’être face à l’élève il est surtout à son côté. Mais, il ne peut rien faire pour l’élève si ce n’est lui suggérer des chemins et s’y engager avec lui, car seul l’élève a le pouvoir d’être le véritable acteur de sa réussite.
  • Le talent du maître consiste à amener chacun de ses élèves à découvrir et développer le sien.
  • On ne peut enfoncer un clou à coups de poing : on se ferait très mal et le clou ne rentrerait pas. L’enseignant est donc un perpétuel découvreur, voire inventeur, d’outils doux et pertinents.
  • Le maître fait preuve d’exigence autant que de bienveillance à l’égard de chacun de ses élèves. Il se doit d’enseigner avec exigence et bienveillance
  • L’essentiel se passe quand le maître se tait, car le silence, s’il a été ensemencé par le maître, permet l’intériorisation et l’appropriation.
  • L’urgence absolue pour un enseignant est de sortir l’élève en difficulté de la conviction qu’il est nul. (On peut d’ailleurs s’interroger sur les événements qui l’ont peu à peu conduit à cette conviction…)
  • Ce sont les élèves en difficulté qui sont susceptibles d’apporter le plus de bonheur au maître.


Élèves et… élèves

  • L’un des objectifs du maître doit être d’amener les élèves à développer entre eux une entraide bienveillante. Ce climat favorisera le développement harmonieux de chacun. Oui, le climat de la classe fait partie du programme. (Cf. « 10 propositions pour changer d’école » de François Dubet et Marie Duru-Bellat – Seuil, 2015, p. 27)
  • Il faut viser bien évidemment le respect mutuel entre élèves. Mais le maître peut vouloir partager avec ses élèves une certaine coresponsabilité pédagogique. Chaque élève peut devenir alors une ressource pour les autres. Dans la confiance, chacun peut demander et fournir de l’aide et… se réjouir des progrès des autres. Les élèves contribuent ainsi, à leur façon, à enseigner avec exigence et bienveillance.
    Cet objectif n’est pas hors d’atteinte : je l’ai vécu avec bonheur.
    (J’ai découvert depuis que la pédagogie dite de « la classe inversée » privilégie en classe le travail collaboratif et amène les élèves à apprendre en enseignant.)


La personne du maître

  • L’enseignant se doit de respecter une bonne hygiène de vie (sans négliger le temps de sommeil qui lui est personnellement nécessaire).
    Il doit en effet pouvoir disposer en classe de tous ses moyens pour être capable de prendre le recul nécessaire, observer, analyser, construire des hypothèses, proposer, accompagner, évaluer…
  • Le maître n’est pas le modèle, mais il se doit d’être un exemple (… sans prétention). Il s’efforce en particulier dans la réalité quotidienne de son propre comportement de vivre le mieux possible les valeurs éducatives capitales que sont la maîtrise de soi et le respect des personnes. Pour enseigner avec exigence et bienveillance, le maître doit d’abord être exigeant et bienveillant envers lui-même.
le 10 août 2020,
Jean-Luc Madoré
3 commentaires sur “Enseigner avec exigence et bienveillance”
  1. Merci monsieur Madoré.
    Mon fils a fait une grande partie de vos fiches. Moi qui pratique l’instruction en famille, je vous assure que votre site et votre travail m’ont grandement servi.

  2. Bonjour,

    Je viens de découvrir votre site en cherchant des exercices à faire faire à ma fille qui est en CM2. MERCI, pour votre site ! Il va m’être très utile en cette période de confinement !!

  3. C’est en tous points ce que je pense et expérimente avec mes différentes classes. Cela devrait être en préambule des programmes !! (clin d’œil…)

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